Perspectives pour la fin de l’hiver et le printemps 2019…

En cette mi-février 2019, la douceur s’est bien installée sur le pays et nos régions avec les premières impressions printanières mais peut-on dire que l’hiver est terminé ?

Copyright : Association Météo Centre.

Premier bilan de hiver 2018/2019 : globalement doux et peu arrosé…

A l’image du pays, le premier mois de l’hiver météorologique (décembre 2018) a été globalement doux sur nos régions centrales avec une anomalie d’environ +2°C. Les passages perturbés ont été fréquents sur les deux premières décades de décembre donnant un arrosage proche des normes. Les dix derniers jours ont été plus secs avec l’installation de conditions anticycloniques.

Notre début d’année 2019 (janvier 2019) a été plus frais avec des températures de saison à légèrement en dessous des normes (ce mois de janvier a « cassé » une série de 9 moins consécutifs au-dessus des normes). Avec une anomalie anticyclonique récurrente proche du pays, les précipitations se sont montrées bien inférieures aux normes sur nos contrées.

La première quinzaine de ce mois de février 2019 s’est montrée globalement douce avec un temps parfois agité notamment en fin de première décade.

En cette mi-février, le temps est de nouveau plus calme avec l’installation de conditions anticycloniques durables sur le pays et nos régions centrales, le tout dans une certaine douceur diurne… Au regard des projections des modèles et des températures mesurées depuis début décembre, on se dirige donc vers la 11ème saison de suite au dessus des normes (depuis l’été 2016) avec une anomalie estimée à +0,9°C pour cet hiver 2018/2019 (période du 01/12/2018 au 12/02/2019).

Copyright : Météo France.

Le modèle interne de Météo Centre (actuellement en test) avait bien entrevu cette anomalie douce pour notre hiver 2018/2019.

Résultats des simulations de la prédiction de l’hiver 2018/2019 au niveau des températures (copyright : Association Météo Centre).

Cependant, il a moins bien anticipé l’anomalie de précipitations. Le courant d’Ouest perturbé a été au final assez rare cet hiver, générant un net déficit !

Résultats des simulations de la prédiction de l’hiver 2018/2019 au niveau des précipitations (copyright : Association Météo Centre).

Ces statistiques proviennent d’un modèle de prédiction pour l’hiver en France. Il est basé sur 148 variables d’entrées (observations et analyses) qui ont permis d’effectuer une ACP (analyse en composante principale). Notre prévisionniste, responsable des prévisions saisonnières, Jérémy Surcin, a affiné tout cela par un modèle statistique « cross validation ». Une simulation a été réalisée sur une période de 26 ans (1990-2016) et nous avons obtenu 81% de fiabilité pour les précipitations (91% pour les 10 dernières années). Concernant la température, nous avons 59% de fiabilité sur les 26 années (67% sur les 10 dernières années). Ce modèle reste expérimental et scientifique. De nouveaux travaux statistiques seront par la suite développés et intégrés afin d’améliorer la prévision. Pour le moment, il n’y a aucun paramètre concernant la physique de l’atmosphère.

Pourquoi le mois de février n’est pas aussi froid qu’envisagé il y a quelques semaines ?

1/ Le réchauffement stratosphérique

Le réchauffement stratosphérique qui s’est produit fin décembre 2018 (voir article publié à ce sujet en janvier), suivi d’un splitting event (division du vortex polaire en plusieurs parties) début janvier, a eu final peu d’influence sur la troposphère (couche de l’atmosphère où se produit l’ensemble des phénomènes météorologiques).

Propagation de la NAM- de la stratosphère à la troposphère (copyright : modèle GFS via Z. D. Lawrence (NMT)).

Ce phénomène atmosphérique a engendré de nombreuses difficultés dans les projections des modèles numériques. En effet, la propagation du SSW (réchauffement soudain de la stratosphère) dans la troposphère a été surestimée par la plupart des modèles durant ce mois de janvier. Ainsi, ces derniers entrevoyaient une deuxième partie d’hiver potentiellement plus froide, notamment entre fin janvier et février. Sur les dernières mises à jour, on est pourtant à l’opposé des projections faites il y a quelques semaines… Le modèle européen en est le parfait exemple ci-dessous :

  • le 21/01/2019 (à gauche), CEP entrevoyait des températures en dessous des normes pour une bonne partie de l’Europe sur la modélisation de la semaine du 11/02/2019 au 17/02/2019 ;
  • le 11/02/2019 (à droite), ce même modèle projetait des températures bien au-dessus des normes pour une bonne partie de l’Europe sur la modélisation de la semaine du 11/02/2019 au 17/02/2019.

Copyright : modèle ECMWF via Ilmatieteen laitos.

Cela montre encore une fois que la météo est loin d’être une science exacte et que l’on a encore beaucoup à apprendre sur le fonctionnement de notre atmosphère.

2/ Une Oscillation Nord Atlantique (NAO) souvent positive

Pour rappel, l’Oscillation Nord-Atlantique (NAO) représente la différence de pression entre les Açores et l’Islande.

Effets de l’anomalie positive et négative de l’ONA sur les systèmes météorologiques (copyright : Martin Visbeck et Heidi Cullen et Pierre_cb).

En hiver, plus la différence de pression est grande entre l’anticyclone des Açores et les dépressions vers l’Islande, plus la NAO est positive (30% des régimes en Europe). On observe alors un courant d’Ouest perturbé avec de fréquentes perturbations pluvieuses et venteuses sur l’Europe (notamment sur la partie Nord). Les températures sont alors généralement douces et l’influence est majoritairement océanique.

A contrario, moins la différence de pression est grande entre l’anticyclone des Açores et les dépressions vers l’Islande, plus la NAO est négative (20% des régimes en Europe). On constate alors que le courant d’Ouest reste peu actif voire inopérant : l’anticyclone des Açores et les dépressions près de l’Islande changent de place et peuvent même s’inverser. Dans ce cas de figure, le flux peut s’orienter au Nord/Nord Est voire à l’Est, ramenant le froid en Europe de l’Ouest. Comme les hautes pressions remontent vers le Pôle Nord, le vortex polaire est chamboulé et on peut alors observer un displacement event ou un splitting event.

Les autres régimes en Europe sont les dorsales (23% des régimes en Europe) et les blocages (27% des régimes en Europe).

Anomalie journalière de pression de surface (millibar) correspondant aux quatre régimes de temps d’hiver (de novembre à mars) sur l’Atlantique Nord. Le pourcentage représente l’occurrence moyenne de ces régimes sur la période 1974-2007 (copyright : CNRS).

Sur le graphique ci-dessous, on constate bien que la NAO a été souvent faiblement positive voire neutre entre décembre 2018 et ce mois de février 2019.

Evolution / tendance de la NOA (copyright : NOAA).

3/ Une oscillation Pacifique Nord-Americain (PNA) négative pour ce mois de février

Pour rappel, le Pacifique Nord-Américain (PNA) représente la différence de pression entre le Pacifique Nord (mer de Béring) et l’archipel d’Hawaï et entre le Nord Ouest et le Sud Est de l’Amérique du Nord.

Effets de l’anomalie positive et négative de la PNA sur les systèmes météorologiques (copyright : la.climatologie.free.fr).

En hiver, lorsque le PNA est positif, on observe des anomalies dépressionnaires sur le Pacifique Nord et au Sud Est des Etats-Unis alors qu’on trouve des anomalies anticycloniques entre l’archipel d’Hawaï et le Nord Ouest des Etats-Unis / l’Ouest du Canada. Le zonal (flux d’Ouest) est alors assez fort. Ainsi, il fait plus froid que les normes sur l’Est des USA (neige, possible vague de froid) mais plus doux sur l’Ouest des USA et du Canada. Les précipitations se montrent excédentaires entre la Floride, la Californie et l’Ouest de l’Alaska et plutôt déficitaires vers le Sud Est de la Russie, le Midwest Américain et le Centre Ouest du Canada. Généralement, on observe souvent un PNA positif lors d’une année El Nino (voir explications plus bas).

A contrario, lors d’un PNA négatif, on constate des anomalies anticycloniques sur le Pacifique Nord et au Sud Est des Etats-Unis alors qu’on trouve des anomalies dépressionnaires entre l’archipel d’Hawaï et le Nord Ouest des Etats-Unis / l’Ouest du Canada. Ainsi, il fait plus doux que les normes sur l’Est des USA mais plus froid sur l’Ouest des USA et du Canada. Les précipitations se montrent très déficitaires vers l’Ouest des USA et plutôt excédentaires vers le Midwest Américain et le Centre Ouest du Canada (fréquents épisodes neigeux). Généralement, on observe souvent un PNA négatif lors d’une année La Nina (voir explications plus bas).

Sur le graphique ci-dessous, on constate bien que le PNA est négatif pour ce mois de février 2019. Souvent, cela ne favorise pas une NAO-.

Evolution / tendance de la PNA (copyright : NOAA).

4/ Un El Niño pas assez « franc » cet hiver…

Pour rappel, d’après Météo France, « El Niño et la Niña sont des phénomènes océaniques à grande échelle du Pacifique équatorial, affectant le régime des vents, la température de la mer et les précipitations. El Niño et La Niña correspondent aux deux phases opposées du phénomène couplé océan/atmosphère appelé ENSO (El Niño / Southern Oscillation). » Ces événements climatiques sont liés à « un cycle de variations de la pression atmosphérique entre l’Est et l’Ouest du Pacifique, couplé à un cycle du courant océanique le long de l’équateur. »

On parle de phénomène El Niño lorsqu’on observe une anomalie chaude des eaux de surface près des côtes de l’Amérique du Sud (Chili et Pérou) donnant d’abondantes précipitations sur ces régions. Sur l’Indonésie et l’Australie, cela génère une sécheresse. Les phénomènes tropicaux (ouragans, tempêtes tropicales) sont également plus nombreux vers la Polynésie Française. El Niño survient tous les 2 à 7 ans en moyenne.

El Niño (copyright : Météo France).

Lors de conditions dites « normales » dans cette partie du Pacifique, les eaux de surface sont plus froides que la norme sur l’Est du Pacifique équatorial, près des côtes du Pérou. Les pluies se montrent alors assez rares. A l’opposé, elles sont plus chaudes que la norme sur l’Ouest du Pacifique équatorial avec d’abondantes précipitations. On parle de phénomène La Niña lorsque les caractéristiques ci-dessus sont très prononcées.

La Niña (copyright : Météo France).

Pour en savoir plus, sur ces phénomènes, n’hésitez pas à consulter la partie pédagogique du site de Météo France.

Lors de cet hiver 2018/2019, le courant océanique et les conditions atmosphériques en faveur d’un El Niño n’étaient clairement pas assez franches ne favorisant pas une PNA positive.

Anomalies de la température de la surface de la mer (SST) en degré entre le 21 novembre 2018 et le 06 février 2019 dans le Pacifique équatorial (copyright : Climate Prediction Center).

Ces prochains mois, l’ensemble des modèles (ECMWF, Met Office, Météo France, CMCC, DWD) s’orientent vers un phénomène El Niño faible à modéré.

Evolution et prédictions d’El Nino via Multi-system combination NINO plumes (copyright : Copernicus Climate Change Service).

La NOAA a d’ailleurs déclaré ces derniers jours que toutes les conditions étaient enfin réunies pour un phénomène El Niño. Il devrait se prolonger et s’accentuer ces prochains mois (au moins jusqu’à l’été prochain).

Quelles perspectives pour la fin de l’hiver 2018/2019 ? 

La deuxième quinzaine de février s’annonce plus douce que la normale en France. Aucun épisode de froid n’est entrevu d’ici la fin du mois. On pourrait même frôler voire battre des records de chaleur pour un mois de février…

Anomalies de température en Europe prévues entre les 17 et 27 février 2019 (copyright : modèle ECMWF via Tropical Tidbits).

Les précipitations seraient également bien rares pour fin février avec la mise en place d’un puissant blocage anticyclonique. Un important déficit de pluviométrie est donc envisagé pour ce deuxième mois de l’année 2019…

Copyright : anomalies de pression sur l’Europe du modèle ECMWF via Météociel (simulation 00z du 17 février 2019).

Cet hiver 2018/2019 serait donc anormalement sec ce qui reste une mauvaise nouvelle pour nos nappes phréatiques, surtout si le printemps et l’été se montrent secs et chauds…

Quelles tendances pour le printemps 2019 ?

Les dernières tendances s’orientent vers une période Mars-Avril-Mai 2019 plus douce que la normale. Cela n’exclut pas quelques périodes fraîches mais la douceur devrait prédominer.

Anomalies de température envisagées par l’ensemble des modèles Met Office, Météo France, ECMWF, CMCC, DWD (copyright : Copernicus Climate Change Service).

Côté précipitations, aucun scénario ne se dégage actuellement même si une tendance sèche semble se dessiner pour la fin du printemps à priori (mai prévu ensoleillé, chaud et sec).

Anomalies de précipitation envisagées par l’ensemble des modèles Met Office, Météo France, ECMWF, CMCC, DWD (copyright : Copernicus Climate Change Service).

A plus long terme encore, on pourrait s’orienter vers un été chaud mais cela restera encore à largement préciser ces prochains mois…

Anomalies de température envisagées par l’ensemble des modèles Met Office, Météo France, ECMWF, CMCC, DWD (copyright : Copernicus Climate Change Service).

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